
Ceci n'est pas moi. Ceci n'est plus moi. Ceci était moi. à une période. On me dit que je suis impudique d'exposer ma vie dans un blog... Jusqu'ici, je l'ai fait, mais de façon très générale, en prenant des sujets avec lesquels tout le monde peut s'identifier, des sujets très généraux, qui me concernent tous forcément, d'une façon ou d'une autre. On écrit sur ce qu'on connaît...
Là, je me mets à nu. Au propre comme au figuré. L'écriture est un exercice narcissique, mais très souvent il essaye de soigner des blessures narcissiques. Et aussi loin que je me souvienne, je n'ai jamais (ou presque) été satisfait de mon apparence physique. Petit, j'étais mignon, rondouillard ave des traits très féminins, et on ne manquait pas de me le faire remarquer. "oh elle est mignone! Ah! C'est un garçon? Mais on dirait une fille! Il est très beau, en tout cas!" Oui... Beau comme une fille...
En grandissant, j'étais du genre introverti, à dessiner dans mon coin, plutôt qu'à courir partout avec les autres. De toute façon j'étais plus gros, gauche, les pieds plats, je m'emmelais les jambes tout le temps, je m'essoufflais plus vite... du coup, je restais dans mon monde, à rêvasser dans mon royaume imaginaire. On dit qu'on développe toujours une qualité pour contrecarrer un défaut, un handicap. J'avais pas le physique? J'ai donc développé l'intellect! Ce n'est pas une décision consciente qui a dicté ça, c'est juste arrivé (j'aurai pu être gros, moche ET con, mais Dieu a eu un peu pitié quand même!...). À 4 ans je lisais sans avoir été à l'école, mon cerveau ingurgitait des quantités énormes d'images, d'informations... Je lisais énormément, et tout: Bandes dessinées, livres pour adultes (j'ai lu Le Parrain à 10 ou 11 ans...), des emballages de céréales, des encyclopédies (quand ma Mère était enceinte de ma soeur, j'ai lu une encyclopédie de la grossesse, je ne comprenais rien mais il y avait plein de schémas, de dessins et de photos de corps nus -saine curiosité de gamin de 7 ans...)
Bref, cet enfermement sur moi même a fait que je suis devenu un garçon timide, peu loquace, et quand vint l'âge de la puberté, ça ne s'est pas arrangé... j'avais une tête de bébé à un âge où les autre voient apparaître les premiers poils au menton, j'étais aussi maladroit à parler aux filles que je pouvais être loquace au tableau en cours (toujours parmi les premiers de la classe, les chouchous des profs... en Angola j'ai vite compris que ce n'étai pas forcément l'attitude à adopter!), et quand arriva l'heure des premiers flirts, j'en menais pas large, et était toujours le premier surpris qu'une fille s'intéresse à moi...
À mon arrivée en France, à bientôt 14 ans, une activité physique (!) a eu rapidement mes faveurs, et m'a servi de lien social avec les autres gamins de mon âge: le basket! C'est sur les playgrounds de Nanterre que je me suis senti "intégré parmi les gens intégrés", et non pas faisant partie d'un groupe bizarroïde de grosses têtes à lunettes (que je ne portais pas...). Je pouvais passer des heures sur le terrain, j'allais au lycée avec mon ballon (combien de ballons ai je oubliés dans le RER en rentrant chez moi!), et pour la première fois je me sentais bien dans mon corps! Pendant l'été 1997, je me suis rendu un mois et demi aux États Unis, patrie de mon sport. J'étais chez ma cousine pour la fin de l'été, dans un campus universitaire en Oklahoma, et comme il n'y avait pas beaucoup de choses à faire pour un gamin de 17 ans, je jouais au basket! Je ne me suis pas rendu compte immédiatement de la transformation physique, mais à mon retour à Paris, on m'a trouvé GRANDI! bien sûr, ces 10cm, je ne les ai pas pris en un mois, mais le fait d'avoir perdu beaucoup de poids accentuait encore plus cette croissance qui fut, en vérité, beaucoup plus étalée dans le temps... Avec mon entrée dans l'école d'Archi, vint le temps de "rentabiliser" la perte de poids, le regain de confiance... derrière les années "bola de banha" (boule de graisse, le gentil sobriquet dont m'affublaient mes voisins d'immeuble en Angola...), en avant le Ricardo Nouveau! Nouveau territoire, nouveaux amis, nouvelle vie!
À ce moment j'ai connu une période faste, de sorties, fêtes et séduction à tout va, et avec des hauts et des bas, des pelles et des râteaux, je me suis rendu compte que je pouvais séduire tout autant qu'un autre. Puis vinrent les inévitables peines de coeur, les déceptions, dès lors que je m'attachais je perdais beaucoup de ma confiance nouvellement acquise (forcément, je voyais toujours "boule de graisse" dans le miroir, quand même), alors petit à petit une carapace s'est (re)formée, un personnage s'est créé pour faire face à ces demoiselles sans risquer les heurts...
Ceci dit, ceci fait, je n'étais pas différent de la plupart des jeunes gens qui parfois paraissent le fuir mais dans le fond recherchent plus que tout l'Amour. Et je l'ai trouvé, puis perdu, puis cru le retrouver, mais non, pas tout à fait, et ainsi de suite, jusqu'à le trouver vraiment. Pour la première fois je me sentais super fort et super faible en présence d'une femme, subjugué et dominateur, je pouvais tout avec elle à mes côtés. Ma vie n'était pas un long fleuve tranquille par ailleurs, mais je croyais avoir trouvé LA femme. C'est donc tout naturellement que j'ai vécu avec, que j'ai eu un enfant avec, des projets avec. Puis, comme la vie n'en fait qu'à sa tête, on s'est séparés, et les vieux démons m'ont aggripé plus fort que jamais. En dehors de toutes les autres questions sur lesquelles il n'est pas utile de revenir, une me taraudait sans cesse, et de façon encre plus brutale à 27 qu'à 20 ans: suis je VRAIMENT capable de plaire, ou ai-je été jusqu'à aujourd'hui béni par d'heureuses circonstances? Re-spirale de reconstruction de l'ego "by any means necessary", avec le côté pathétique en plus, de vivre à bientôt 30 ans des choses qui auraient dû être réglées depuis belle lurette, que je croyais réglées depuis belle lurette, mais que je n'ai pas pu m'empêcher de revivre. Mon manque de confiance en moi ne passerait que par un verdict définitif et sans appel: oui, tu peux plaire, et non, ce n'est pas une fatalité. J'ai frayé des chemins inutiles a posteriori, me suis enlisé dans une quête dont le seul sens était de m'aider à me rendre compte que ce n'était pas tant la capacité à séduire qui était primordiale, mais la capacité de deux personnes attirées l'une vers l'autre à définir des buts communs, et à se les communiquer pour maintenir leur entente à long terme. Je me sais aujourd'hui capable (et très capable, même) de séduire... Ça flatte l'ego, ça requinque de se sentir l'objet du désir d'autrui. Mais cette alchimie, qui passe aussi FORCÉMENT par l'alchimie des corps, et donc par le physique, intègre par ailleurs beaucoup d'autres paramètres.
Aujourd'hui, je ne suis pas satisfait de mon physique. Il ne correspond plus tout à fait à celui des photos au dessus. il faut leur rajouter une disgrâcieuse quinzaine de kilos... Je sais pourtant que "tous les goûts sont dans la Nature", et que ce n'est pas le seul critère qui rentre en considération en termes de séduction. Mais c'est par rapport à mon regard sur moi que ça me gêne. Par rapport à tout ce que je vous ai raconté ci dessus. Parce que le physique, bien que simple enveloppe charnelle, est, dans mon cas aussi, un reflet de moi même, de ma façon de vivre, de mon état d'esprit. Ce que j'ai réusi à faire à 17 ans, sans autre souci que celui de m'amuser en pratiquant ma passion, j'aimerai le réussir à 30, en étant aujourd'hui conscient des enjeux en arrière plan, de ce que signifie vraiment pour moi la devise "mens sana in corpore sano". Se sentir bien dans son corps contribue grandement à se sentir bien dans sa tête. Et même si je procède par plusieurs étapes, et que c'est un combat de tous les jours pour me sentir bien dans ma tête, dans ma vie, je sais que, au vu de mon historique, ça passera forcément aussi par le corps. Ce corps que je n'aurait osé exposé à vos regards dans son état actuel. Oui, car je soigne ma blessure narcissique, je ne cherche pas à l'agrandir. Je suis narcissique, pas masochiste.