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Thursday, May 13, 2010

GrAfFiTi vs. ThE cItY In ThE LanD oF aRtS













Je suis un architecte. En tant que tel, je suis censé être sensible à tout ce qui concerne la préservation du paysage urbain. Je dois même, sur chaque projet, aussi infime soit il, sur lequel je travaille, envisager son devenir, son évolution, sa perception globale de la part de l'usager quotidien. Cependant, dans ma formation et au long de ma vie, j'ai aussi été sensibilisé à des formes d'art diverses et variées, dont le graffiti.

Arrivé à Lisbonne, un de mes premiers "raids" photographiques urbains m'a amené à un mur, à Campolide, couvert de tags sur des dizaines de mètres. Ce mur donne sur un espace indéfini, ni jardin ni terrain vague, ni espace de promenade ni place publique aménagée... C'est un mur tampon, le long duquel passe une route assez mouvementée, et derrière lequel il y a... mystère! Toujours est il que l'espace publique qui lui fait face n'est en aucune autre façon valorisé, et étant donnée sa localisation et sa morphologie, il ne le sera sûrement pas dans les années à venir... Ce mur avait donc vocation à devenir une longue et ennuyeuse limite physique entre un espace privé et un espace publique, une barrière visuelle plate rapidement traversée par les automobilistes. Il est devenu un espace de repos, de curiosité, devant lequel on se promène à pied, qui interpelle lorsqu'on est en voiture, et agréable à longer en flânant, pour découvrir les différents styles, messages, délires et coups de gueule des artistes qui se sont succédés dessus... Car c'est bel et bien un lieu d'expression. Et dans ce cas précis, le graffiti donne aussi une expression à ce no-man's land, lui confère une âme...

Enfant de la génération Hip Hop, me révendicant en tant que tel, mais aussi fan du travail d'artistes des années 80 tels que Keith Haring ou Basquiat, je ne perçois pas le graffiti seulement comme étant un acte de vandalisme: il est avant tout UN FAIT. Le graffiti est là pour attirer l'attention, pour revindiquer, pour marquer un territoire, pour divertir, pour illuminer, pour embellir, pour critiquer, pour faire voyager, pour faire s'évader l'oeil et l'esprit... L'art mural existe depuis des milliers d'années, si on remonte aux peintures rupestres... depuis, que ce soient les hiéroglyphes égyptiens, des inscriptions "sauvages sur les murs des cités de l'Antiquité allant de la satire politique à la propagande sportive, les fresques murales de la Renaissance ou celles révolutionnaires de Diego Rivera, jusqu'au tag, les graffs légendaires des rues de New York, les pochoirs de Miss Tic, les filles aux formes de pin up de Fafi ou Monsieur Chat, énigmatique félin jaune, toutes dents dehors, qui peuple les murs des villes françaises (et étrangères maintenant)... Toutes ces références s'inscrivent de façon inconsciente dans nos rétines, et ce depuis que l'homme sait dessiner!

La guerre opposant assez logiquement les architectes aux "vandales" qui venaient aposer leur signature sur les oeuvres des premiers a pris des contours plus flous, ces temps ci. Le graffiti a droit de cité dans le monde des arts contemporains; il n'est plus considéré un mouvement marginal, il est même un des plus emblématiques symboles de la culture POP. Pour preuve, les diverses expositions qui lui ont été consacrées en 2009/2010, dans les lieux les plus prestigieux (grand Palais, Fondation Cartier, Palais de Tokyo, Musée d'Art Contemporain de Lyon...); et pas que des "artistes" reconnus ont été exposés, vendus, lors de ces gigantesques adoubements de ce "street art": des anonymes, qui s'inventent leur typographie, leurs codes, leur style, et le répandent sur les murs, poteaux, sols, fenêtres, transports de la ville... Certains architectes intègrent même les codes du graffiti dans leurs immeubles, sérigraphiant leurs façades, en faisant des objets modernes et communiquant avec les usagers et l'urbain de façon inédite...

J'aime le graffiti. Indépendamment de la beauté plastique de chaque oeuvre, j'aime l'esprit qui a animé l'éclosion de cette forme d'art telle que nous la connaissons aujourd'hui. La transgression, la dénonciation sociale, l'envie d'améliorer "à leur façon" des espaces visuellement sinistres, la façon d'interpeler, intelligente parfois, crue souvent, sauvage toujours... Ce n'est pas par hasard que c'est un des piliers de la culture Hip Hop, cette espèce d'énergie désespérée de laquelle naît l'inatendu, cette mauvaise donne de départ transformée en combustible de vie... c'est tout à fait conforme à la philosophie véhiculée par la culture dans laquelle j'ai grandi, que j'ai adoptée et dans laquelle je me reconnais depuis un moment déjà...

"I start a picture and I finish it. I don't think about art while I work. I try to think about life." Jean Michel Basquiat

Tuesday, October 06, 2009

REMEMBER MY NAME...!



Je pense qu'on peut parler d'une série générationnelle. Une des premières. Avant les Beverly Hills, Hartley et autres qui traitaient l'épineux sujet de l'adolescence et le passage à l'âge adulte, Fame est passée par là. Sur fond d'école artistique, où des aspirants chanteurs, danseurs, musiciens, cinéastes et auteurs en herbe viennent parfaire leur art, nous avions l'analyse de la jeunesse des années 80, leurs rêves, les dures réalités auxquelles elles étaient confrontées, les inégalités sociales, raciales, la drogue, la pression parentale, la poursuite d'un rêve...

Aujourd'hui, 30 ans après, une nouvelle génération d'acteurs, musiciens, danseurs et chanteurs prends le relais, dans un film qui surfe beaucoup sur la célébrité de l'original et de la série. Et le nouveau film, la promotion 2009 tient quelques talents indéniables. L'énergie de ces jeunes assoiffés de célébrité, qui vivent leur métier, leur art avec passion, est communicative. Quand ils font le gigantesque boeuf dans la cantine, se mettent à jouer, rapper, chanter, danser, de façon aussi spontanée qu'ils auraient accompli un besoin vital, on se dit qu'on aimerait être à leur place...

Ça faisait longtemps que voir des gens danser ne me donnait pas autant envie d'en faire de même. J'ai eu envie de jouer d'un instrument, de chanter, danser, mais je n'ai pas ce qu'il faut pour le faire. Mon art à moi, que je ne prétends pas maîtriser, tout juste je le pratique maladroitement, c'est l'écriture. J'écris comme un hobby, par besoin de m'exprimer, par amour de la chose écrite, mais je ne saurai jamais ce que ça aurait pu donner si j'en avais fait mon choix de vie...

Alors me voici, en train de pratiquer ce que je sais faire, ce que j'aime faire, ce que je rêverais de faire... Et en train de critiquer l'écriture du film, justement. Si le tempo est assez enlevé, rythmé par les performances de ces wunderkind du monde artistique, il y a trop de personnages et trop peu de temps pour qu'on les connaisse, qu'on s'y attache. On suit l'histoire de la fille dont les parents veulent qu'elle fasse de la musique classique; du garçon qui vient d'une famille monoparentale et a connu les affres du ghetto; du danseur venu du fin fond de l'Iowa pour tenter sa chance dans la Ville de Tous les rêves; de la jeune chanteuse timide, bourreau de travail mais qui a du mal à se lâcher... On suit tout ce beau monde, on commence à peine à entrer dans la trame de leur vie qu'une ellipse nous amène à l'année suivante, avec de nouveaux défis... Des histoires d'amoue se tissent en filigrane, les acteurs, inconns pour la plupart, tiennent très bien la route, mais c'est l'écriture qui a été trop ambitieuse, et du coup a raccourci un peu trop une aventure qu'on aimerait suivre longtemps encore... Pas sûr qu'après ce film on se souvienne de Denise, de Marco ou de Joy comme on se souvient encore aujourd'hui de Coco, Leroy ou mlle Grant, la mythique prof de danse dont le discours apparaît au générique de la série... Ou alors, pour que cela arrive, il faudrait, comme pour le film original, en faire une série... En tout cas, ce serait une série que je regarderais!...

Monday, February 23, 2009

Kitsch Corps et Bling Bling à l'hôtel de la Monnaie


J'ai connu David LaChapelle à travers le magazine Vibe. Il a fait une des couvertures les plus choc du magazine, avec la rappeuse Lil' Kim maquillée comme une poupée et la bouche ouverte de façon à faire penser à une poupée gonflable! Shocking, et la série de photos à l'intérieur était tout aussi provocante. Par la suite, son nom n'a cessé de circuler dans le milieu hip hop en tant que réalisateur de clips(pour Kelis, Lil Kim, Macy Gray, Christina Aguilera, etc...), de documentaires ("Rize", documentaire sur le Krump), photographe (il a refait une couverture polémique montrant le non moins controversé Kanye West coiffé d'une couronne d'épines, se prenant pour Jesus himself!).

Curieux du travail de cet artiste à l'univers kitsch, de couleurs acidulées et de corps magnifiés, je suis allé voir son exposition à l'Hotel de la Monnaie, à Paris.
Le travail en soi ne m'a pas déplu, l'artiste employant l'humour aussi bien que des codes de la culture urbaine qui me sont familiers pour traiter ses thèmes de prédilection: la surconsommation de notre société,le culte du corps, l'adoration des stars aujourd'hui, les 15 minutes de gloire de plus en plus accessibles et éphémères, les dérives commises au nom de la religion...

Le vrai problème de cette exposition, c'est sa brièveté. Il y a des commentaires sur des oeuvres qui n'y sont pas, et pour cause, on fait le tour de l'expo en 20 minutes (ceci en prenant son temps!), il y a des photos emblématiques, voire des séries entières qui n'y figurent pas. Quand on nous la vend comme " la plus vaste et la plus complète [expo de LaChapelle] jamais organisée à ce jour en France", on est en droit de se demander s'il y en a eu d'autres, et si oui, ce qu'elles contenaient!

Bref, grosse déception à peu près rachetée par la librairie, où je me suis acheté le catalogue de l'exposition, et ai pu avoir un vrai aperçu de l'ensemble de cet artiste...

Monday, December 08, 2008

I AM HIP HOP! (en alexandrins)


Je suis pti' fils d'esclaves et je chante ma peine;
je suis chant de douleur devenu cri de haine;
je suis l'espoir qui naît d'un torrent d'amertume;
je suis une rose éclose au milieu du bitume;
je suis fils de la soul, du funk, du rock, du jazz;
je suis universel, j'ai des millions de blazes;
je suis né dans le Bronx, j'ai grandi dans son flanc,
puis j'ai pris manhattan, traversé l'océan,
j'ai muté, voyagé et envahit le monde,
pas un gosse qui m'ignore tant ma sève est féconde,
je transporte le rêve partout dans mes bagages
et je change de peau à chaque nouveau rivage;
je suis plus qu'une parole, suis un mode de vie,
culture à part entière, une vraie philosophie
j'tague partout mon nom dans les rues de vos villes
et j'invente des mots pour décrire tous mes maux;
je vis avec eux tous la plus belle des idylles
puis m'impose, surnois, au fond de vos cerveaux!
j'apaise ma colère en volant de mes pieds
que ce soit en freestyle ou figure imposée
mon deejay aux platines recycle le temps,
par le sample il ravive les refrains d'antan;
je suis festif ou grave, c'est selon le moment,
le style ou le MC qui déverse son torrent;
je suis fier d'être né pour reprendre le flambeau
j'ai 30 ans, j'suis le hip hop, suis encore nouveau,
mais suis là pour rester alors gare à mon flow!

Le Hip Hop a été reconnu pratique culturelle la plus répandue sur la planète par l'UNESCO en 2006. c'est un phénomène culturel à part entière regroupant des gens de tous ages, origines et horizons, avec un même amour pour les codes, les références, les mots... il y a plusieurs variantes et styles au sein même des différentes disciplines qui composent cette culture (le rap, le tag, le deejaying, le beat box et la danse), et ils rassemblent des millions de personnes dans le monde sous une même banière. je suis pour un message de tolérance et de paix dans le hip hop, car c'est un héritage culturel qui doit être transmis sous sa meilleure forme possible. I LOVE HIP HOP. I AM HIP HOP. LONG LIVE HIP HOP!
(en photo: DJ Kool Herc, le fondateur du hip hop)

Thursday, June 19, 2008

"Aube", d'Arthur Rimbaud

J'ai embrassé l'aube d'été. Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau était morte. Les camps d'ombres ne quittaient pas la route du bois. J'ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit. La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom. Je ris au wasserfall blond qui s'échevela à travers les sapins: à la cime argentée, je reconnus la déesse. Alors je levai un à un les voiles. Dans l'allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l'ai dénoncée au coq. A la grand'ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais. En haut de la route, près d'un bois de lauriers, je l'ai entourée avec ses voiles amassés, et j'ai senti un peu son immense corps. L'aube et l'enfant tombèrent au bas du bois. Au réveil il était midi.